Flights of fancy_11 / Bambi theory,
If you remove the “m” from Bambi, it suddenly sounds like “Baby”. And it’s there that lies all of the Bambi’s theory : Bambi is a baby who’s lost his m-om.
Bambi,
L’autre soir alors que je m’affairais à nourrir mon journal visuel - sorte de tamagoshi à qui je donne mes inspirations et mes émois visuels en pâture – la honte vint à me dévorer en commençant par mes pieds.
Quelques jours auparavant, j’avais découvert cette jolie petite image de deux petits faons sous un arbre, et autant dire que la poésie de cette dernière méritait de se retrouver blog-poster ici bas.
Sitôt dit, sitôt fait.
Quand soudain, vint le moment crucial de la légende… Dans un élan irréfléchi, je décide de l’intituler “Meet me under the tree Bam…” mais crampe orthographique !
“Comment ça s’écrit déjà Bambi ?”.
Après “plusieurs” tests mnésiques infructeux : “bamby”, “bambie”, je décide de faire appel à un ami. Merci Google. Ce sera sans ce “y” qui lui donnerait des airs de Flamby ni ce “e” qui nous ferait douter de sa virilité. Bambi donc. Un mec. Un dur. Un vrai.
Toutes mes certitudes ébranlées, j’ai cliqué sur “publier” et je suis allée me coucher.
Diaporama,
Une bouée de sauvetage flotte dans le fond bleuté d’une piscine vide.
Un lit aux absents, fait de draps blancs froissés, se noie sous la lumière délavée du petit matin.
Un mafioso en panama, lunettes noires et chemise hawaïenne porte une ardoise avec marqué dessus “i have a gun”. Il est dans un salon devant une peinture et un pot de fleur qui ne ressemblent à rien.
Un oiseau en plein vol rase un sol sablonneux. Le soleil à son zénith projette son ombre avec précision sur les grains de sable brûlants.
Deux vestes d’hommes dans un second-hand-shop sont suspendus à leurs cintres respectifs : elles sont seules sur leur tringle. Le tissu de la première veste est fait de motifs écossais vert foncé ; l’autre est en lin de couleur crème. La première a posé sa manche sur l’épaule de la seconde. Pas très loin d’elles, la robe verte d’une petite fille les regarde.
Quatres individus marchent en ligne au milieu d’une voie ferrée. Tous portent des masques vénitiens blancs et des tuniques blanches à manches longues qui s’arrêtent juste au-dessus de leurs genoux nus et écorchés. Autour d’eux, à perte de vue s’étend le béton. Sous un ciel laiteux annonçant la neige, ils marchent tous dans la même direction.
Un demi pamplemousse est posé sur une table contre un mur de cuisine. La couleur de sa pulpe tranche avec le blanc du carrelage.
Un chewing-gum bleu, craché sur le bitume, se colle au pneu d’une voiture qui vient de lui rouler dessus.
Un livre est ouvert sur une page qui dit “everything was beautiful and nothing hurt”.
Un tout petit singe se réchauffe contre un radiateur.
On voit Elvis Presley qui chante pendant un enregistrement en studio.
Un dessin dit que les meilleurs idées viennent habituellement aux pingouins sous l’eau.
Un panel de stimulants, tel que cocaïne, amphétamines, etc. est disposé sur une table en formica de couleur rouge orangé qui me rappelle celle de ma grand-mère.
Un article imprimé et découpé, dit “Look in on yourself (yourself est en italique) as an outsider. Standing outside your doorway watch yourself. Get perspective on your life and what you do, what are you doing ? Why ? and most importantly as you stand there in the doorway think about this, who’s watching you ?”
Interlude_20
A : D’abord se voir.
B : Oui.
A : Après tu pourras partir.
B : Entendu. On se voit et puis je pars.
A : Ça me semble parfait comme rencontre.
Interlude_19
A : Je crois que je vois mieux avec mes lunettes à l’envers.
B : … ah. Et tu vois mieux mes imperfections du coup ?
A : Non. Elles grossissent ta beauté.
Mercurochrome,
Ce soir, j’ai cinq ans.
Je me souviens de ce jour où j’ai trouvé intelligent de rouler à vélo le guidon à l’envers, les freins hors de portée, sur un chemin explosé et plein de cailloux. On roule vite quand on se sent sûr de soi, l’égo gonflé par un élan intrépide qui pourrait tout révolutionner, tandis que la vitesse qu’on contrôle à peine nous ramène à l’idée que le danger, c’est grisant.
Ce soir, j’ai cinq ans.
Je serre les poings et les yeux troublés de larmes, j’ai juste envie de te dire que ça fait même pas mal. Je me relève doucement, et même si je flippe à voir dégouliner tout ce sang, j’ai juste envie de te dire que j’ai pas peur.
Ce soir, j’ai cinq ans.
Mais il est temps de se soigner comme les grands. Attraper le désinfectant, ne pas se poser de questions, y aller franchement, se trouver des raisons, se dire que les douleurs intenses et brutales se font plus vite oubliées que les douleurs insidieuses qui s’installent pour durer.
Ce soir, j’ai cinq ans.
Et nerveusement, j’essuie les larmes qui coulent le long de mes joues sans s’arrêter, pour aller mourir dans mon cou jusqu’à en noyer l’encolure de mon tee-shirt.
Ce soir, j’ai cinq ans.
J’en chiale de douleur mais je préfèrerais en crever que de te l’avouer.
Aujourd’hui broie du gris,
Mieux vaut être propriétaire d’un coeur solitaire que d’un coeur brisé dit la chanson. Ne donne rien, n’accepte rien et trace ton chemin ajoute le livre.
Pourquoi pas.
Mais ce qui peut avoir l’air simple sur le papier, ne l’est définitivement pas à appliquer.
Il y a dans cette vision déchue, une sensibilité aride. De celle des vraies âmes meurtries qu’aujourd’hui même les larmes n’abreuvent plus. Et quand je te regarde, ce n’est pas la pierre à laquelle tu penses qui me vient à l’esprit, mais le désert que tu ne soupçonnes pas.
L’amour use. D’avoir pris trop de coups pour avoir trop aimer, on se lasse plus qu’on ne se réinvente. Dans ton royaume bercé de silence, mes mots se heurtent à leurs propre échos. Je suis le bouffon, le fou qui croit encore que la mascarade vaut la peine et le mal que l’on se donne. Un jour, j’ai cessé de te divertir pour t’écouter rêver à d’autres horizons, à ces terres inconnues dans lesquelles tu te projettes, comme la pellicule avide de perspectives se jette à perte contre le mur. Je regarde passer les images, je t’y vois, loin, là-bas. Et je me sens subitement un peu usurpée dans mon rôle de sage spectateur.
Je te regarde, bâtir cette jolie barrière blanche entre la terre et le ciel. La petite n’est pas très haute, juste assez pour affirmer délicatement que “ici c’est chez moi”, et “là, chez toi”. Elle serait presque réconfortante cette clairière bercée de soleil, si elle n’était pas là pour me rappeler que c’est ton seul espace qu’elle définit. Derrière moi, un chemin qui semble trop long et rien à l’horizon. Je redeviens vagabond et le coeur en bandoulière, je reprends ma route. J’avance à reculons en te regardant t’appliquer à ne pas dépasser, et je sais en faisant volte-face que tu ne t’apercevras même pas que je ne suis plus là.
Tu penses qu’on ne manque à personne quand on n’est là pour personne ? C’est un peu comme se dire que personne ne nous voit derrière des lunettes noires. C’est faux.
La solitude pour seul refuge, ce havre de paix que n’atteignent ni les fleurs ni les guerres. Ce calme infini que personne ne trouble, et que seuls tes mots et tes pensées se permettent de perturber. J’ai essayé d’en violer l’accès, de me déguiser pour m’y fondre. Jusqu’à devenir ce que je ne suis pas pour t’approcher au plus près – et tristement y arriver. Si bien même, qu’aujourd’hui tu ne me vois plus du tout.
Je crois qu’on finit par s’ennuyer, tout seul, à la cime de nos immenses forteresses avec pour unique gardien la peur de vivre. De là-haut, il est facile de toiser le reste du monde et tous ces écorchés vifs qui se tordent à parfois même se rompre. Mais à tout prendre, je choisis la souffrance et le calme soit la tristesse qui va avec, et qui rappellent aux vivants qu’ils le sont. Je choisis la piqûre des adieux douloureux, les révélations qui étouffent le dernier souffle, l’heure du “moi non plus”, les marches solitaires sur les traces d’une histoire qui s’efface, et les paysages qui défilent à 200 km/h dans un train qui ramène chez soi.
Mieux vaut être triste et vivant qu’heureux et mort – sans quoi je serais déjà quelques étages plus bas, ma jolie petite gueule écrabouillée sur le sol, avec le regard fixe des poissons sur leurs étales de marché, tôt le dimanche matin. Mais de toutes évidences, si je suis encore là pour exprimer le fond de ma pensée, c’est sans doute que je n’ai pas le cran de vivre en paix.
Sachant cela, les bleus et les peines ne comptent plus. Ils font partie de la donne : du jeu dans lequel le perdant est celui qui refuse de jouer.
L’absente,
Parfois on ne sait pas pourquoi on fait les choses,
pourquoi on laisse passer les heures, les jours, les semaines, les mois.
Et puis on se lève un matin en se disant que c’est déjà l’hiver,
et qu’on a laissé passer des saisons entières,
sans faire signe de vie, ni de main.
Subitement il faut trouver des mots qui ne réconfortent pas,
quand il faudrait qu’on soit là, alors qu’on se sent loin.
Mondaine,
Je me glisse dans la peau d’un personnage. Je me donne le frisson.
Derrière le masque et le costume, les angoisses de l’imposture.
Une nuit comme une autre, une soirée qui cherche sa fin. Les nuits siamoises ne recèlent aucune surprise : l’errance s’achèvera au milieu d’une piste de danse. Les situations se répètent comme des refrains, et d’accords en fausses notes, les attentes disparaissent au gré des portes qui s’ouvrent et des barrières renversées.
Pas plus de deux minutes après m’être faite la réflexion que je devrais simplement rentrer me coucher, me voilà happée par la foule. Désormais en apnée au milieu d’un tunnel humain, je glisse entre les corps obstruants le passage avec l’habileté d’un animal de sang froid. J’avance le cerveau en veille ; l’air est ouaté, les lumière rougeâtres et les ombres caressantes. Lorsque soudain, un visage familier tel un verre d’eau froide en pleine gueule, me ramène à la réalité.
La familiarité s’accompagnant toujours de l’inconnu, j’ai le droit aux présentations. Ma connaissance feint l’euphorie, là où l’inconnu numéro 1 qui l’accompagne se contente de me saluer de la tête. C’est alors que l’inconnu numéro 2 fait erreur : “on se connait nan ?! Je suis sûr de t’avoir déjà vu”. Non.
Les surfaces sont des miroirs. Lorsque tu me regardes, que tu penses me reconnaitre, saches que ce n’est jamais moi, mais ton propre reflet que je te renvois. La vie mondaine a ses règles et ses dangers. Et j’ai retenu qu’on ne nage pas au milieu des requins sans miroir.
Je l’entends me dire que j’ai changé.
Je suis déjà loin.
Retour sur la 31,
Parfois je me plante. Je fais le mauvais choix.
Et faire le mauvais choix c’est parfois aussi con que de laisser passer un bus en se disant que l’on prendra le prochain. Ne surtout pas courir après, histoire de préserver toute l’élégance de sa nonchalance. Et finalement se retrouver à l’arrêt avec pour seule et unique compagnie, l’attente.
Ce matin, sur la 31, l’attente est une inconnue au regard étrange : à l’oeil sombre et à la pupille dilatée.
Tandis que passent les minutes et pendant que j’attends ce bus qui est passé et qui ne repasse pas, la vie continue et les choses avancent sans moi. Sur mes épaules, la frustration naissante de l’homme qui tombe à pic – une sensation de différé en plus.
En amour c’est pareil. Ne jamais hésiter à prendre un bus qui est là, quitte à courir un peu pour le rattraper. À ce sujet, comme je le disais, je n’ai pas toujours fait les bons choix. Et je constate aujourd’hui que les occasions manquées n’ont rien de manques-à-gagner.
10 heures 13 minutes. C’est indéniable, je suis en retard.
J’attends maintenant depuis plus de 20 minutes cette occasion qui ne se pointe pas. Il fait froid. Et je trouve qu’il y a une triste poésie à nommer une occasion, un bus qui n’arrive pas.

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