Colette a dit "crève Harry"

La cuillère de Broncoclar,

Posted in Colette says by colettesays on 30 septembre 2009

Je regarde ce môme dans le bus au bord des larmes. À sa bouche qui ne tient pas l’expression de colère qu’il souhaiterait renvoyer, je comprends qu’il a un gros chagrin. Sa mère ne lui prête aucune attention, un peu perdue, elle doit se dire qu’il vaut mieux l’ignorer un peu, qu’il va se calmer tout seul. Elles se disent souvent ça les mères en public : ne surtout pas mettre d’huile sur le feu.

Ma mère, elle me calmait avec un gant de toilette imbibé d’eau froide qu’elle me collait au visage. C’est très bizarre mais ça a toujours marché : efficace comme de retourner un requin sur le dos. En la voyant arriver avec son gant humide, je me mettais à fuir comme si toute ma vie en dépendait. Fallait pas qu’elle m’attrape, je voulais rester en colère et taper du pied encore et encore, qu’elle comprenne que j’étais vraiment énervée… Rien ne sert de dire qu’à l’époque, l’échappée belle était de courte durée.

Je regarde ce môme qui explose face à l’indifférence de sa mère et se met à taper de son pied la barre que je tiens. Je la sens vibrer et c’est presque émouvant ce petit pied heurtant un morceau de métal, qui doit lui faire plus de mal que de bien. Je pense aussi que dans trois secondes, il se peut que le regard brouillé de larmes, il ne sache plus viser – je recule un peu.

Arrêt du bus. La mère décide que ça suffit, elle chope son gamin par le bras – il s’accroche à la barre – elle l’attrape tout entier – vexé, il la regarde et lui crache au visage.

Moi aussi, j’ai parfois envie de cracher à la gueule des gens.

Mais là encore, il y a ceux qui savent cracher et ceux qui ont l’illusion de savoir le faire. Je fais partie de la deuxième catégorie. Il ne suffit pas d’en avoir envie pour en être capable. J’ai pourtant essayé, et ce à plusieurs reprises, d’apprendre ce geste à trois temps que ce gamin finira certainement par apprendre lui aussi… mais rien n’y fait : ça me rappelle les huîtres – je déteste – j’ai 24 ans, je postillonne toujours.

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :