Colette a dit "crève Harry"

Interlude_06

Posted in Interludes by colettesays on 19 octobre 2009

A : Je compte jusque 50 et je viens te chercher, ok ?

B : Ok.

A : … 44, 45, 46, 47, 48, quaaarante neuuuf, 50 !!! Ben. Pourquoi t’es pas parti te cacher !?

B : Je voulais être sûr que tu me retrouves.

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Tu es laide et tu ne connais pas ta chance – on t’aime pour qui tu es,

Posted in Colette says by colettesays on 17 octobre 2009

J’aime la poésie de la rue.
Les mots qui claquent dans la nuit noire comme les talons aiguilles claquent sur les trottoirs. Les vers qui se consomment comme se vident les bouteilles. Les lumières floues des lampadaires dans le brouillard de l’hiver, et les points suspendus à ses pas comme les cailloux que je sème pour ne pas me perdre.

Interlude_05

Posted in Interludes by colettesays on 12 octobre 2009

A :  Alooors !!! C’était comment ?!

B : Prends une descente de montagnes russes, enlèves les rails et sautes du wagon.

La mort sans conséquence,

Posted in Colette says by colettesays on 12 octobre 2009

J’ai mis un week-end et plus à essayer de trouver les mots. Je me sens usurpée de n’avoir rien à en dire. Presque déçue que la sensation ait été trop forte pour ne pas pouvoir l’exprimer. Les mots sont parfois des barrières à l’expression des sentiments. Ils en viennent à mentir comme on les ment.

Je me souviens quand même que pendant que l’on m’harnachait soigneusement, je me répétais les mouvements à effectuer comme on essaie de se souvenir des pas d’une danse. À l’intérieur, étrangement, je suis calme. Je n’ai aucune idée de ce qui m’attend et j’ai l’imagination à sec.

Embarquement – décollage. 1000, 1500, 2000, 2500, 3000 mètres – le pilote annonce « une minute ».

J’enfile mes lunettes, j’ai appris la chorégraphie – je suis prête. Et pourtant dans ma tête s’articule le conseil que ce générateur débile sur facebook m’avait donné deux semaines plus tôt… « Si tu ne réussis pas les choses du premier coup, alors le saut en parachute n’est pas pour toi ». La blague. On pense à des trucs cons suspendus à 3000 mètres d’altitude. La porte de l’avion s’ouvre. La puissance d’aspiration qui m’entraîne est terrible. La gravité a raison de moi, je suis un caillou qui fend l’air.

Je me sens suicidaire et heureuse de l’être. « Tu vas voir, on a l’impression de voler » – pas vraiment. C’est la chute que tu ressens, l’envol je le cherche encore. Quoiqu’il en soit, c’était la première fois que je trouvais un casse-gueule sympathique.

Les yeux grands ouverts, je chute et tout est beau. À perte de vue : le ciel, la terre, les nuages, la vie – je n’ai peur de rien et rien n’a d’importance.

Quand soudain, tout s’arrête. Le filet est atteint. 45 secondes plus tard, je me sens sauvée mais pas en vie.

Confessions intimes,

Posted in Colette says by colettesays on 9 octobre 2009

J’ai dit mon premier gros mot à l’âge de 6 ans.
C’était un « merde » spontané et assumé à la suite d’un homicide involontaire sur un mollusque.

Avant ce jour, j’étais plutôt une enfant adepte du « saperlipopette », mais de toute évidence un « merde » soulage bien plus. À partir de là, je n’ai pas arrêté de jurer. Ma marque de fabrique aujourd’hui est un « putaiiiiin » appuyé que je réserve à des occasions toutes particulières. Ceux qui le connaissent, voient très bien de quoi je parle. Plus généralement, je « putifie » tout ce qui passe. Tout est un « putain de truc » – que ce soit en bien ou en mal, ce terme est devenu LE décapant multi-usages de mon langage. Et si je laissais la nostalgie m’envahir, je crois que j’irais jusqu’à dire que c’est un peu la paire de chaussures défoncées que je ne pourrais jamais me résoudre à jeter.

Tout ça me rappelle les trois promesses que j’avais faite petite, à ma mère. Dans un ordre de priorité très personnel, il y avait en premier « ne jamais dire de gros mots » , ensuite « ne jamais mentir » et enfin « ne jamais fumer ». Sûre qu’à l’époque je croyais à toutes mes foutaises… Résultat ? Un sur trois – honorable – je ne fume pas. Par contre, je jure comme un charretier et je mens comme un arracheur de dents. Conclusion ? Les enfants aussi font des promesses qu’ils ne tiennent pas à leurs parents.

Dernièrement, on m’a rappelé une liste que j’avais faite étant gamine. Une de ces listes que l’on blinde de rêves et de projets tous plus fous les uns que les autres, généralement illustrés de dessins colorés aux contours baveux. Si je prends la peine de mentionner cette liste, c’est principalement pour ce que j’y avais noté : aucune promesse intenable, que des envies hors d’atteinte alors, mais désormais réalisables. Je recouvre doucement la mémoire et décide de lui donner tout son sens. Si « on est de son enfance comme on est d’un pays », alors je rentre chez moi.

Demain, je raye le premier tiret. Et je fais le grand saut.

En relisant ta lettre je m’aperçois que l’orthographe et toi, ça fait deux,

Posted in Colette says by colettesays on 7 octobre 2009

C’est toi que j’aime
Ne prend qu’un M
Par-dessus tout
Ne me dis point
Il en manque un
Que tu t’en fous
Je t’en supplie
Point sur le i
Fais-moi confiance
Je suis l’esclave
Sans accent grave
Des apparences
C’est ridicule
C majuscule
C’était si bien
Tout ça m’affecte
Ça c’est correct
Au plus haut point
Si tu renonces
Comme ça s’ prononce
À m’écouter
Avec la vie
Comme ça s’écrit
J’en finirai
Pour me garder
Ne prend qu’un D
Tant de rancune
T’as pas de cœur
Y a pas d’erreur
Là, y en a une
J’en mourirai
N’est pas français
Ne comprends-tu pas ?
Ça s’ra ta faute
Ça s’ra ta faute
Là, y en a pas
Moi, j’ te signale
Que gardénal
Ne prend pas d’E
Mais n’en prends qu’un
Cachet, au moins
N’en prends pas deux
Ça t’ calmera
Et tu verras
Tout r’tombe à l’eau
L’ cafard, les pleurs
les peines de cœur
O, E dans l’O

Serge Gainbourg, En relisant ta lettre

Interlude_04,

Posted in Interludes by colettesays on 6 octobre 2009

A : Les bulles de savons c’est super joli. Mais quand ça t’éclate au visage, ça peut être super joli, c’est pas agréable.

B : Un peu comme les bulles de chewingum, quoi.

A : Ouais. Ou les ballons gonflables, tu vois ?

B : Ouais. Tout ça pour dire quoi déjà ?

A : hm… peut-être pour dire qu’on va tous crever. Et que ce sera ni joli ni agréable.

Le réveil matin,

Posted in Colette says by colettesays on 6 octobre 2009

À la sonnerie de mon téléphone ce matin, j’ai compris que la journée prendrait une tournure étrange. Je n’aime pas les coups de téléphone matinaux. Comme les corbeaux, ils sont porteurs de bien mauvais présages.

Entre 7h30 et 9h du matin, les bonnes nouvelles dorment encore. Exemple aussi concret que futile, je donnerais celui de mon banquier. C’est sa plage horaire favorite et c’est toujours pour me dire la même chose « Bonjour mademoiselle, ce mois-ci, on est encore à découvert ! Que fait-on maintenant ?! ». Bonne question.

Alors ce matin quand mon téléphone a sonné, j’ai eu un coup au cœur. À peine sortie de la douche, dégoulinante et grelottante, au nom qui s’affichait sur l’appareil, j’ai compris que quelque chose clochait. Autant je n’aime pas voir le nom de mon banquier s’afficher à cette heure-ci, autant d’y voir s’afficher un nom familier me crispe dix fois plus. Je tente un faible « allô » – la voix encore endormie – aucun son ne sort. À l’autre bout du fil « allô, allô » – paniqué. Certaines personnes ne se montrent jamais vulnérables. C’est valable pour les bourreaux et les piliers familiaux. Il est donc d’autant plus troublant lorsque ce type de personnes paniquent à l’autre bout d’un téléphone en plein milieu de – ladite – plage horaire des mauvaises nouvelles. Alors une crampe au ventre aidant, ma gorge se délie et je demande ce qu’il se passe.

J’ai raccroché et j’ai fini de m’habiller. Et comme s’il ne pleuvait pas assez, je me suis mise à chialer.

Insomnie diurne,

Posted in Colette says by colettesays on 6 octobre 2009

La rivière que j’ai sous la langue,
L’eau qu’on n’imagine pas, mon petit bateau,
Et, les rideaux baissés, parlons.
Paul Éluard, La Rivière

Je hisse un petit drapeau blanc, tandis qu’au loin j’aperçois l’aileron tranchant d’un requin qui rôde. La peur pourrait bien me faire chavirer, et je pourrais être dévorée ou finir par me noyer. Je décide, malgré tout, d’affronter le sol mouvant d’une mer tourmentée. Le petit drapeau, porté par le vent du large, flotte dans ce faux ciel sans nuage. Un Breton surgit hors de l’eau sur le dos d’une tortue de mer et me délivre ces mots « la beauté sera convulsive ou ne sera pas ». La lumière blanche et froide de l’hiver me permettra d’y voir plus clair.

Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui,

Posted in Colette says by colettesays on 5 octobre 2009

Pour sauver un dimanche déjà bien engagé sur la pente de l’improductivité, j’ai décidé de prendre mon courage à deux mains – de prendre une douche aussi – et de sortir. Contre un lendemain de biture, une dose de culture… Plus efficace que l’aspirine m’a-t-on dit.

Les salles se succèdent et plus j’avance et plus je me perds. Je prends quelques notes sur ce qui m’interpelle, je passe vite sur ce qui m’emmerde, je m’arrête dix minutes pour observer les gens, avant de reprendre ma route. Je passe alors devant une installation : au milieu d’un couloir, un peu à l’écart du reste, trône ce qui devait être un cube. Un cube désormais démantelé en plein de petits morceaux irréguliers. J’avoue un instant avoir cherché l’arnaque : pas d’encart qui mentionne l’artiste et le blabla de sa démarche… Je doute.

Quelque chose heurte soudain ma jambe. J’ai juste le temps de comprendre ce qu’il va se produire. Un môme lancé à vive allure fonce droit sur cet amas géométrique faussement abandonné.  Les parents n’ont pas encore remarqué leur trublion s’échapper : il attrape un morceau, tape dans un autre et ça l’amuse follement. L’instant est magique. Il me regarde et se marre, je l’encourage d’un sourire. Ce qui se passe là, sous mes yeux, vaut toutes les performances artistiques de la terre.

Rapidement trois gardiens (pas moins) lui tombent dessus. Que faire d’un coupable d’à peine 4 ans ? C’est entre le rire et le devoir qu’ils tentent de l’interrompre. La tâche n’est pas simple : le gamin pense que ça fait partie du jeu et se met à courir partout, kidnappant une des pièces au passage. Les parents sont gênés, je suis émerveillée.

Désormais hors d’état de nuire, l’agitateur semble avoir compris. À l’abri dans les bras de son père, je l’entends lui baragouiner qu’il faut pas toucher, que c’est interdit…