Colette a dit "crève Harry"

Petit pédé,

Posted in Colette says by colettesays on 28 juin 2010

Ma mère, elle était sûre que c’était un garçon. Après avoir perdu le premier, elle se disait qu’on le lui rendait, le divin enfant, le gamin tant pleuré. Elle se foutait de savoir si c’était un garçon ou une fille puisqu’elle était certaine que c’était un garçon. Alors, sans avoir réfléchi à l’éventualité que ce serait autre chose, elle avait prévu qu’un prénom ; un hommage pompeux au père du père du père, un nom composé de tête à claque : Jean-Charles.

C’est dans cette certitude aveugle, qu’un jour de Mai aux alentours de 19h, je suis né e. Dans une effusion de sang, après un cri tonitruant, j’étais là. Et je n’avais rien du garçon qu’elle attendait. C’est pas qu’elle ait été trop troublée de la nouvelle ma mère, mais ça a dû foutre le bordel dans mon ADN toutes ses attentes infondées. Et tout ça me ramène de façon décousue à l’été dernier.

C’était il y a presque un an tout rond. Tout rond comme un ballon. Ce jour-là, d’ailleurs, il y en avait partout des ballons, parce que c’était un jour particulier, un jour de fête, et nous étions tous là – ou presque – tous les amis des amis des amis. Et pour aider, j’avais choisi quelque chose qui me correspondait bien, un truc à mon niveau – brasser de l’air – gonfler les ballons. Évidemment au début, tu t’appliques, tu prends la chose au sérieux… et puis un ballon en entraînant un autre, tu finis avec une voix d’écureuil sous hélium – laissant les ballons s’envoler dans le ciel au lieu de les nouer à leurs bouts de ficelle.

Je devais en être à mon cinquième ballon qui se faisait joyeusement la malle, quand en pleine action je me retrouve face à face avec un môme au regard interrogateur. En dessous de 3 ans, ils ont tous ce regard un peu fixe, limite inquisiteur, qui pose mille questions à la seconde. Je me sentais subitement comme la mauvaise graine, le mauvais exemple, pris la main dans le sac. L’attitude à adopter dans ces cas-là étant d’assumer, j’allais faire de lui mon alibi. L’instant d’après, je lui faisais passer les ballons gonflés pour qu’il les lâche – une chaîne sans faille.

En le regardant se hisser sur les pointes de ses pieds, sautillant à contretemps pour donner plus de puissance à son lâché, je me souviens avoir pensé que c’est beau et triste à la fois, un gamin qui laisse s’envoler un ballon.

On a pollué l’atmosphère encore un moment, et puis l’heure d’aller au lit est arrivée – le moment de se dire au revoir aussi. Un geste de la main vers moi, et le petit môme, mon petit pote, se tourne vers sa mère en lui demandant de toute son innocence de gosse, si « l’autre petit garçon vient se coucher aussi ».

Elle n’a pas su quoi répondre.

Moi non plus.

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Flights of fancy_08 / Confessions of an old gay man,

Posted in Flights of fancy by colettesays on 10 juin 2010

Life is pink. Life is everywhere. Pink is everything.

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Interlude_18

Posted in Interludes by colettesays on 9 juin 2010

A : Je t’aime.

B : Nan, c’est moi qui te quitte !

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For sale : baby shoes, never worn,

Posted in Colette says by colettesays on 3 juin 2010

Des années qu’elle cherche inlassablement et sans trouver, « chaussure à son pied ». Elle a toujours aimé l’image, mais l’idée lui faisait mal rien que d’y penser. Et là, ce matin en se levant, c’est comme si le sort en était jeté, rien ne va plus, ça déborde et la voilà qui panique en terrain connu.

Elle cultivait l’idée que le complexe de Cendrillon n’était pas pour elle. Mais la gueule en vrac, face à son café noir, elle s’aperçoit – sans sucre – qu’elle ne déroge pas à la règle de 3 ni à la preuve par 9.

Alors, ce n’est pas faute d’avoir cherché la paire magique qui lui conviendrait parfaitement : celle qui l’emmenerait en promenade, qui l’empêcherait de se perdre, avec qui elle pourrait sauter dans les flaques et dont elle prendrait grand soin.

Mais un tour de cuillère plus tard, elle réalise.
Un sucre finalement.
Et l’évidence dans un marc de café.

Elle comprend qu’elle ne cherchait pas au bon rayon. Et que loin d’avoir les pieds taillés pour les braises, elle n’avait besoin que de charentaises.

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Le porteur de drapeau

Posted in Colette says by colettesays on 2 juin 2010

Le 1er Avril c’est le jour des farces. Toi qui aimait rire – t’es mort.

Un coup de téléphone dans l’après-midi pour dire que tu ne vas pas bien. Un autre le soir pour dire que tu n’es plus.

Et dire que t’as jamais pu bouffer une moule de peur d’en mourir.

Le père fouettard est mort – peu importe je n’ai plus l’âge de bouffer des bonbons. Et si les absents ont toujours tort, désormais il se fout bien d’avoir raison.

Dans 3 jours on t’enterre. Je rentre pour l’occasion.

En arrivant à la gare, un coup de klaxon me rappelle que je n’ai pas le permis. Dans la voiture, on parle de banalités – je vais bien.

Je trouve la porte d’entrée de la maison ouverte. Et avant de monter, je décide de faire une halte à la cave. La porte aussitôt fermée, j’inspire profondément : aucune odeur n’est plus apaisante à mes yeux que celle de cette cave – si je pouvais, j’en ferais un parfum. La lumière qui filtre par la petite fenêtre donnant sur la cours, me rassure. Seule, assise entre ces murs de bétons, témoins de toutes mes bavures, je détaille tes dessins une dernière fois. Rien n’a bougé depuis des années : devant moi se tient une étendue délavée recouverte de tes personnages préférés. Je n’ai jamais compris pourquoi même sur les murs, tu dessinais au crayon de papier.

Je ne mentirai pas pour les apparences en disant que tu vas me manquer, même si là j’ai les yeux qui piquent un peu, le coeur serré et qu’à mon grand dam, j’ai découvert à la deuxième note de ton Ave Maria que ma dignité n’avait pas la tenue de mon mascara.

Ce que je garde de toi tient dans une boîte de cigares de marque obscure : j’ai pris ton vieux jeu de poker illustré porno de 1970 – tes deux vierges bleues de baptême et la chaîne qui va avec – ton zippo pour ne pas oublier que tu niais fumer en bloc (même une cigarette à la main) – une photo de toi bouffée par le temps et deux billes que t’avais dû me voler.

J’ai refermé la boîte.
J’ai refermé la porte.

Je rentre à Paris, bizarrement chargée.

« There is something i want to say to him… I am like you. The silence in you has entered into my own body. Perhaps you will tell me something ». (Gérard Malanga)

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