Colette a dit "crève Harry"

Mercurochrome,

Posted in Colette says by colettesays on 27 février 2011

Ce soir, j’ai cinq ans.

Je me souviens de ce jour où j’ai trouvé intelligent de rouler à vélo le guidon à l’envers, les freins hors de portée, sur un chemin explosé et plein de cailloux. On roule vite quand on se sent sûr de soi, l’égo gonflé par un élan intrépide qui pourrait tout révolutionner, tandis que la vitesse qu’on contrôle à peine nous ramène à l’idée que le danger, c’est grisant.

Ce soir, j’ai cinq ans.

Je serre les poings et les yeux troublés de larmes, j’ai juste envie de te dire que ça fait même pas mal. Je me relève doucement, et même si je flippe à voir dégouliner tout ce sang, j’ai juste envie de te dire que j’ai pas peur.

Ce soir, j’ai cinq ans.

Mais il est temps de se soigner comme les grands. Attraper le désinfectant, ne pas se poser de questions, y aller franchement, se trouver des raisons, se dire que les douleurs intenses et brutales se font plus vite oubliées que les douleurs insidieuses qui s’installent pour durer.

Ce soir, j’ai cinq ans.

Et nerveusement, j’essuie les larmes qui coulent le long de mes joues sans s’arrêter, pour aller mourir dans mon cou jusqu’à en noyer l’encolure de mon tee-shirt.

Ce soir, j’ai cinq ans.

J’en chiale de douleur mais je préfèrerais en crever que de te l’avouer.

Aujourd’hui broie du gris,

Posted in Colette says by colettesays on 25 février 2011

Mieux vaut être propriétaire d’un coeur solitaire que d’un coeur brisé dit la chanson. Ne donne rien, n’accepte rien et trace ton chemin ajoute le livre.

Pourquoi pas.

Mais ce qui peut avoir l’air simple sur le papier, ne l’est définitivement pas à appliquer.

Il y a dans cette vision déchue, une sensibilité aride. De celle des vraies âmes meurtries qu’aujourd’hui même les larmes n’abreuvent plus. Et quand je te regarde, ce n’est pas la pierre à laquelle tu penses qui me vient à l’esprit, mais le désert que tu ne soupçonnes pas.

L’amour use. D’avoir pris trop de coups pour avoir trop aimer, on se lasse plus qu’on ne se réinvente. Dans ton royaume bercé de silence, mes mots se heurtent à leurs propre échos. Je suis le bouffon, le fou qui croit encore que la mascarade vaut la peine et le mal que l’on se donne. Un jour, j’ai cessé de te divertir pour t’écouter rêver à d’autres horizons, à ces terres inconnues dans lesquelles tu te projettes, comme la pellicule avide de perspectives se jette à perte contre le mur. Je regarde passer les images, je t’y vois, loin, là-bas. Et je me sens subitement un peu usurpée dans mon rôle de sage spectateur.

Je te regarde, bâtir cette jolie barrière blanche entre la terre et le ciel. La petite n’est pas très haute, juste assez pour affirmer délicatement que « ici c’est chez moi », et « là, chez toi ». Elle serait presque réconfortante cette clairière bercée de soleil, si elle n’était pas là pour me rappeler que c’est ton seul espace qu’elle définit. Derrière moi, un chemin qui semble trop long et rien à l’horizon. Je redeviens vagabond et le coeur en bandoulière, je reprends ma route. J’avance à reculons en te regardant t’appliquer à ne pas dépasser, et je sais en faisant volte-face que tu ne t’apercevras même pas que je ne suis plus là.

Tu penses qu’on ne manque à personne quand on n’est là pour personne ? C’est un peu comme se dire que personne ne nous voit derrière des lunettes noires. C’est faux.

La solitude pour seul refuge, ce havre de paix que n’atteignent ni les fleurs ni les guerres. Ce calme infini que personne ne trouble, et que seuls tes mots et tes pensées se permettent de perturber. J’ai essayé d’en violer l’accès, de me déguiser pour m’y fondre. Jusqu’à devenir ce que je ne suis pas pour t’approcher au plus près – et tristement y arriver. Si bien même, qu’aujourd’hui tu ne me vois plus du tout.

Je crois qu’on finit par s’ennuyer, tout seul, à la cime de nos immenses forteresses avec pour unique gardien la peur d’aimer. De là-haut, il est facile de toiser le reste du monde et tous ces écorchés vifs qui se tordent à parfois même se rompre. Mais à tout prendre, je choisis la souffrance et le calme soit la tristesse qui va avec, et qui rappellent aux amoureux qu’ils le sont. Je choisis la piqûre des adieux douloureux, les révélations qui étouffent le dernier souffle, l’heure du « moi non plus », les marches solitaires sur les traces d’une histoire qui s’efface, et les paysages qui défilent à 200 km/h dans un train qui ramène chez soi.

Mieux vaut être triste et vivant qu’heureux et mort – sans quoi je serais déjà quelques étages plus bas, ma jolie petite gueule écrabouillée sur le sol, avec le regard fixe des poissons sur leurs étales de marché, tôt le dimanche matin. Mais de toutes évidences, si je suis encore là pour exprimer le fond de ma pensée, c’est sans doute que je n’ai pas le cran de vivre en paix.

Sachant cela, les bleus et les peines ne comptent plus. Ils font partie de la donne : du jeu dans lequel le perdant est celui qui refuse de jouer.

L’absente,

Posted in Colette says by colettesays on 22 février 2011

Parfois on ne sait pas pourquoi on fait les choses,

pourquoi on laisse passer les heures, les jours, les semaines, les mois.

Et puis on se lève un matin en se disant que c’est déjà l’hiver,

et qu’on a laissé passer des saisons entières,

sans faire signe de vie, ni de main.

Subitement il faut trouver des mots qui ne réconfortent pas,

quand il faudrait qu’on soit là, alors qu’on se sent loin.

Mondaine,

Posted in Colette says by colettesays on 24 janvier 2011

Je me glisse dans la peau d’un personnage. Je me donne le frisson.

Derrière le masque et le costume, les angoisses de l’imposture.

Une nuit comme une autre, une soirée qui cherche sa fin. Les nuits siamoises ne recèlent aucune surprise : l’errance s’achèvera au milieu d’une piste de danse. Les situations se répètent comme des refrains, et d’accords en fausses notes, les attentes disparaissent au gré des portes qui s’ouvrent et des barrières renversées.

Pas plus de deux minutes après m’être faite la réflexion que je devrais simplement rentrer me coucher, me voilà happée par la foule. Désormais en apnée au milieu d’un tunnel humain, je glisse entre les corps obstruants le passage avec l’habileté d’un animal de sang froid. J’avance le cerveau en veille ; l’air est ouaté, les lumière rougeâtres et les ombres caressantes. Lorsque soudain, un visage familier tel un verre d’eau froide en pleine gueule, me ramène à la réalité.

La familiarité s’accompagnant toujours de l’inconnu, j’ai le droit aux présentations. Ma connaissance feint l’euphorie, là où l’inconnu numéro 1 qui l’accompagne se contente de me saluer de la tête. C’est alors que l’inconnu numéro 2 fait erreur : « on se connait nan ?! Je suis sûr de t’avoir déjà vu ». Non.

Les surfaces sont des miroirs. Lorsque tu me regardes, que tu penses me reconnaitre, saches que ce n’est jamais moi, mais ton propre reflet que je te renvois. La vie mondaine a ses règles et ses dangers. Et j’ai retenu qu’on ne nage pas au milieu des requins sans miroir.

Je l’entends me dire que j’ai changé.

Je suis déjà loin.

Retour sur la 31,

Posted in Colette says by colettesays on 24 janvier 2011

Parfois je me plante. Je fais le mauvais choix.

Et faire le mauvais choix c’est parfois aussi con que de laisser passer un bus en se disant que l’on prendra le prochain. Ne surtout pas courir après, histoire de préserver toute l’élégance de sa nonchalance. Et finalement se retrouver à l’arrêt avec pour seule et unique compagnie,  l’attente.

Ce matin, sur la 31, l’attente est une inconnue au regard étrange : à l’oeil sombre et à la pupille dilatée.

Tandis que passent les minutes et pendant que j’attends ce bus qui est passé et qui ne repasse pas, la vie continue et les choses avancent sans moi. Sur mes épaules, la frustration naissante de l’homme qui tombe à pic – une sensation de différé en plus.

En amour c’est pareil. Ne jamais hésiter à prendre un bus qui est là, quitte à courir un peu pour le rattraper. À ce sujet, comme je le disais, je n’ai pas toujours fait les bons choix. Et je constate aujourd’hui que les occasions manquées n’ont rien de manques-à-gagner.

10 heures 13 minutes. C’est indéniable, je suis en retard.

J’attends maintenant depuis plus de 20 minutes cette occasion qui ne se pointe pas. Il fait froid. Et je trouve qu’il y a une triste poésie à nommer une occasion, un bus qui n’arrive pas.

Flights of fancy_10 / Frozen yoghurt,

Posted in Flights of fancy by colettesays on 24 janvier 2011

I love stroking refrigerator doors. Their surfaces, soft and cold with no ruggedness.

What pleases me about fridges, I don’t like it about people. That flat seamless milky perfection that makes good people, good people.

Flights of fancy_09 / Queen of swords, keen of chords : spleen of Lords,

Posted in Flights of fancy by colettesays on 5 janvier 2011

She always searched for her shadow on the walls.

Her reflection in the mirrors didn’t matter.

Petit pédé,

Posted in Colette says by colettesays on 28 juin 2010

Ma mère, elle était sûre que c’était un garçon. Après avoir perdu le premier, elle se disait qu’on le lui rendait, le divin enfant, le gamin tant pleuré. Elle se foutait de savoir si c’était un garçon ou une fille puisqu’elle était certaine que c’était un garçon. Alors, sans avoir réfléchi à l’éventualité que ce serait autre chose, elle avait prévu qu’un prénom ; un hommage pompeux au père du père du père, un nom composé de tête à claque : Jean-Charles.

C’est dans cette certitude aveugle, qu’un jour de Mai aux alentours de 19h, je suis né e. Dans une effusion de sang, après un cri tonitruant, j’étais là. Et je n’avais rien du garçon qu’elle attendait. C’est pas qu’elle ait été trop troublée de la nouvelle ma mère, mais ça a dû foutre le bordel dans mon ADN toutes ses attentes infondées. Et tout ça me ramène de façon décousue à l’été dernier.

C’était il y a presque un an tout rond. Tout rond comme un ballon. Ce jour-là, d’ailleurs, il y en avait partout des ballons, parce que c’était un jour particulier, un jour de fête, et nous étions tous là – ou presque – tous les amis des amis des amis. Et pour aider, j’avais choisi quelque chose qui me correspondait bien, un truc à mon niveau – brasser de l’air – gonfler les ballons. Évidemment au début, tu t’appliques, tu prends la chose au sérieux… et puis un ballon en entraînant un autre, tu finis avec une voix d’écureuil sous hélium – laissant les ballons s’envoler dans le ciel au lieu de les nouer à leurs bouts de ficelle.

Je devais en être à mon cinquième ballon qui se faisait joyeusement la malle, quand en pleine action je me retrouve face à face avec un môme au regard interrogateur. En dessous de 3 ans, ils ont tous ce regard un peu fixe, limite inquisiteur, qui pose mille questions à la seconde. Je me sentais subitement comme la mauvaise graine, le mauvais exemple, pris la main dans le sac. L’attitude à adopter dans ces cas-là étant d’assumer, j’allais faire de lui mon alibi. L’instant d’après, je lui faisais passer les ballons gonflés pour qu’il les lâche – une chaîne sans faille.

En le regardant se hisser sur les pointes de ses pieds, sautillant à contretemps pour donner plus de puissance à son lâché, je me souviens avoir pensé que c’est beau et triste à la fois, un gamin qui laisse s’envoler un ballon.

On a pollué l’atmosphère encore un moment, et puis l’heure d’aller au lit est arrivée – le moment de se dire au revoir aussi. Un geste de la main vers moi, et le petit môme, mon petit pote, se tourne vers sa mère en lui demandant de toute son innocence de gosse, si « l’autre petit garçon vient se coucher aussi ».

Elle n’a pas su quoi répondre.

Moi non plus.

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Flights of fancy_08 / Confessions of an old gay man,

Posted in Flights of fancy by colettesays on 10 juin 2010

Life is pink. Life is everywhere. Pink is everything.

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Interlude_18

Posted in Interludes by colettesays on 9 juin 2010

A : Je t’aime.

B : Nan, c’est moi qui te quitte !

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